Grace à des projets d’investissement visant la modernisation des aéroports, des services de fret aérien en plein essor et de nouvelles explorations pétrolières offshore, l’aviation au Gabon est actuellement un secteur en croissance. Toutefois, la cessation des activités de la compagnie aérienne privée Gabon Airlines et un projet de création d’une compagnie aérienne régionale actuellement au point mort constituent une source d’inquiétude pour les investisseurs.
Le nombre d’arrivées à l’Aéroport International Leon Mba de Libreville est resté stable entre 2010 et 2011, avec environ 700 000 passagers par an. Le nombre de passagers a ensuite enregistré une forte hausse début 2012 en raison de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), compétition de football co-organisée cette année par le Gabon et la Guinée Equatoriale.
En préparation de la CAN, le gouvernement gabonais a poursuivi la modernisation de ses principaux aéroports internationaux. L’aéroport de Libreville a par exemple été rénové avec pour prochaine étape le renforcement de sa piste d’atterrissage. L’augmentation du nombre d’arrivées de passagers au moment de la CAN a permis un amortissement de l’investissement initial dès mars 2012, selon Jean-Marc Sansovini, directeur général de l’Aéroport de Libreville (ADL), entreprise qui assure la gestion de l’aéroport.
Un projet de construction d’un nouvel aéroport international à Andème, à 65 kms de Libreville, est également en cours. La Banque Islamique de Développement a manifesté son intérêt pour le financement de ce projet, qui devrait être achevé d’ici 10 à 12 ans.
Des travaux de rénovation et d’agrandissement sont également prévus pour l’Aéroport International de Port-Gentil afin d’y permettre l’atterrissage de gros porteurs, mais le projet accuse du retard. Total Gabon, filiale du groupe énergétique français, a signé une convention de financement des travaux et Air France a fait part de son intention d’inaugurer une liaison aérienne directe entre Paris et Port Gentil.
Malgré ces projets de modernisation et d’agrandissement des aéroports gabonais, les compagnies aériennes locales ont encore bien des difficultés à surmonter. Gabon Airlines, compagnie aérienne privée qui assurait des liaisons intérieures et des vols internationaux à destination de Johannesburg, Brazzaville, Paris et Marseille, a cessé ses activités en 2011 pour des raisons économiques, à savoir notamment des problèmes liés à l’échec de son prédécesseur – Air Gabon- ainsi que l’inscription du Gabon sur la liste noire de l’Union Européenne, frappant les compagnies aériennes gabonaises d’une interdiction de vol dans l’espace européen. L’Agence Nationale de l’Aviation Civile (ANAC) a retiré la licence d’exploitation de la compagnie en avril 2012.
Si l’entreprise Gabon Airlines existe toujours, son avenir est incertain. Quand bien même la compagnie réussirait à échapper à la faillite, ce qui est peu probable, elle devrait se soumettre de nouveau aux procédures d’octroi de licences de l’ANAC.
Pour la remplacer, le gouvernement projette la création d’une nouvelle compagnie aérienne nationale publique. Il semblerait à l’heure actuelle que les autorités attendent le bon moment, qui ne sera pas avant le mois d’août et l’annonce des résultats officiels de l’audit mené par l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI). La création en 2009 de l’ANAC, en conformité avec les normes internationales, a suscité un optimisme prudent quant aux résultats de l’audit. Si celui-ci est positif, l’accès à l’espace aérien européen sera de nouveau autorisé, permettant ainsi aux actuelles et futures compagnies aériennes gabonaises de concurrencer les transporteurs internationaux sur ce marché lucratif.
Les projets de création d’un transporteur régional proposant des vols internationaux à destination des pays d’Afrique centrale francophone sont également au point mort. On a certes assisté en décembre 2010 au lancement officiel d’une compagnie qui devrait assurer de telles liaisons, baptisée Air Cemac, mais celle-ci n’assure pas encore de vols et le partenariat envisagé avec South African Airways est récemment tombé à l’eau. De plus, la création de compagnies aériennes nationales concurrentes au Congo-Brazzaville et au Cameroun, pays qui participent tous les deux au projet commun d’Air Cemac, illustre bien les différents degrés de volonté politique et les intérêts divergents qui sont à l’œuvre, tout en remettant en question la viabilité potentielle de nouvelles compagnies aériennes.
En attendant, les compagnies aériennes internationales se sont engouffrées dans la brèche. Lufthansa a récemment augmenté la fréquence de ses vols vers Francfort, désormais quotidiens, et les transporteurs régionaux Rwandair et Air Ivoire ont inauguré des lignes début 2011. Ethiopian Airlines et Royal Air Maroc proposent également des vols à destination de l’Europe.
«L ’arrêt de Gabon Airlines a enrayé le trafic aérien entre le Gabon et l’Europe, en particulier Paris. La présence de Lufthansa a contribué à atténuer le problème. », a déclaré M. Sansovini à OBG.
D’autres segments du secteur poursuivent cependant leur croissance. Les services de fret aérien, par exemple, restent un marché lucratif en plein essor. Voilà ce qu’en dit Jacob Cabinda, gérant de la COREX, entreprise gabonaise spécialisée dans les services de fret : « Les exportations par voie aérienne sont quasi inexistantes au Gabon. En cela, le Gabon est différent de certains pays de l’Afrique Orientale et Australe, ainsi que le Ghana, et, dans une certaine mesure, le Cameroun, qui exportent de manière conséquente par voie aérienne. Par contre, au Gabon les importations sont importantes et le rendement est élevé. De ce fait, le secteur du fret aérien offre des opportunités considérables. »
Auparavant, c’était Gabon Fret, filiale de Gabon Airlines, qui contrôlait 80% du marché, les 20% restant étant contrôlés par Air France. Les transporteurs internationaux tels que Lufthansa, Kenyan, Ethiopian et Royal Air Maroc se sont empressés de combler le vide laissé par la cessation des activités de Gabon Airlines, a expliqué M. Cabinda aux analystes d’OBG.
Par ailleurs, le secteur des services liés à l’exploitation pétrolière présente des opportunités à la hausse. Alors que les réserves de pétrole onshore du Gabon continuent à s’épuiser, c’est désormais dans l’offshore que se fait l’exploration pétrolière. D’après Patrick Pince, directeur général adjoint de Heli Union Gabon : « L’intérêt croissant des compagnies pétrolières internationales pour l’exploration et le développement de blocs pétroliers en offshore ultra-profond, loin des côtes, est nécessairement synonyme, à court terme, d’une hausse des opportunités et des perspectives de rendement pour les secteurs de l’aviation privée et des hélicoptères. » Par conséquent, des entreprises comme Heli Union investissent actuellement dans de nouveaux équipements en préparation de l’importante croissance attendue dans les années à venir.
Malgré les sérieux revers subis par le secteur gabonais de l’aviation commerciale, le pays a réussi à maintenir un nombre de passagers stable et certaines niches du secteur continuent d’afficher de solides résultats. En plus d’une croissance très attendue du secteur de l’aviation privée, de nouvelles infrastructures dans le domaine devraient accroître les opportunités, aussi bien au niveau national qu’international.
Investment in airport modernisation, a growing air freight service segment and new offshore oil exploration are currently driving growth in Gabon’s aviation sector. However, the cessation of privately held Gabon Airlines’ activities, along with stalled plans to create a regional airline, are giving investors cause for concern.




