Maroc : Dynamiser l’agriculture

In English

Les volumes d’exportation entre l’Union européenne (UE) et le Maroc, qui peuvent déjà s'enorgueillir d'entretenir une relation bilatérale incroyablement étroite, semblent continuer à augmenter, à mesure que la libéralisation progressive, matérialisée par deux nouveaux accords commerciaux, assouplit les restrictions sur les produits agricoles et les produits de la mer.

Au mois de février, au terme d'un débat extrêmement houleux, le Parlement européen a ratifié, à faible majorité, des mesures visant à libéraliser les échanges de produits agricoles et de produits de la mer avec le Maroc. La nouvelle législation permet de revoir à la hausse certains quotas spécifiques, d’une valeur actuelle estimée à 100 millions d’euros par an, applicables aux importations à droits réduits ou nuls. Elle se traduira également par une réduction immédiate de 55 % des droits de douane sur les produits agricoles et les produits de la mer en provenance du Maroc, et de 70 % des droits de douane sur des produits similaires en provenance de l’UE pendant une période de 10 ans. Au total, 45 % des produits de l’UE importés par le Maroc seront exempts de droits de douane.

Parmi les principaux produits européens concernés figurent la volaille, le beurre, certains fromages, les fruits, le lait UHT, l'huile d'olive, les tomates, les produits à base de blé dur, les jus de fruits et de légumes, les fruits oléagineux, les pommes de terre et le tabac. Les produits marocains qui seront importés en franchise de droits de douane sont les tomates, l’ail, les courgettes, les concombres, les artichauts, les abricots, le raisin, les pêches, les oranges et le fructose chimiquement pur.

Pour ses initiateurs, l’accord, fondé sur un précédent accord agricole datant de 2008, offrira certainement de meilleures possibilités d’investissement aux sociétés de l’UE, et créera de nouveaux emplois dans le secteur agricole marocain.

À l’heure actuelle, ce secteur représente 15 % du produit intérieur brut (PIB) du Maroc, et constitue une source d’emploi importante, puisque 3 à 4 millions de personnes travaillent dans les secteurs agricole et agro-industriel. En 2010, la valeur totale des exportations de produits agricoles s'élevait à 1.4 milliard d’euros. La plupart de ces produits ont été exportés dans l’UE.

Les mesures ont suscité de vives critiques au sein du Parlement européen, provoquées par des préoccupations concernant d’éventuelles répercussions sur la production européenne.

Aziz Akhannouch, ministre marocain de l’Agriculture et de la Pêche maritime, a dissipé ces craintes, en déclarant aux médias locaux au mois de février que les entreprises de l’UE et les petits producteurs marocains affiliés à de grandes coopératives d’exportation tireraient tous leur épingle du jeu. Selon ce dernier, 80 % des exploitations marocaines sont d'une superficie inférieure à 5 hectares, et donc incapables d’exporter leur production sans l’aide de grandes coopératives.

Pour répondre à ces préoccupations, le projet de loi prévoit de nombreuses mesures de protection ; à titre d’exemple, les quotas de certains produits, et plus particulièrement les tomates, les fraises, les concombres et l’ail, ne pourront être augmentés que très modérément. L’accord prévoit par ailleurs l’adoption de quotas saisonniers, visant à éviter une offre excédentaire et des distorsions sur le marché de l’UE, en limitant les conséquences associées à un meilleur accès aux fruits et légumes non traités en provenance du Maroc, qui représentent actuellement 80 % des importations totales de l’UE. Enfin, en vertu de l'accord, les importations marocaines devront répondre aux normes sanitaires européennes, qui ont, dans le passé, constitué un frein à l’exportation.

Le Parlement européen a également chargé la Commission européenne de veiller à la stricte application des quotas, et de renforcer les contrôles afin d’éviter toute fraude dans le système de prix d’entrée, et a parallèlement commandité une évaluation de l’impact de l’accord sur les producteurs européens et les revenus des exploitants. Les institutions ont également tenu à inclure une « clause de rendez-vous », en vertu de laquelle les deux parties devront s’entretenir au plus tard trois ans après l'entrée en vigueur de l'accord afin d'envisager d'éventuels amendements et concessions.

L’accord s’inscrit dans le cadre de la stratégie à long terme initiée par le gouvernement marocain afin de renforcer les performances et la production du secteur agricole domestique. Le pays a longtemps possédé un avantage concurrentiel dans la production de fruits et de légumes, grâce à sa géographie ; il a cependant souffert de fluctuations de la production, dues à des problèmes d’irrigation ainsi qu’à des méthodes de culture et de récolte dépassées.

Cette refonte globale du secteur repose sur une initiative clé du gouvernement, le Plan Maroc Vert, un programme visant à développer l’agriculture chiffré à plusieurs milliards d’euros. Lancé en 2008, le Plan Maroc Vert vise à renforcer la rentabilité du secteur, et à favoriser le développement rural par le biais d’investissements privés dans les régions à fort potentiel agricole, grâce à des subventions et une amélioration des infrastructures. Par ailleurs, il prévoit la modernisation des méthodes de culture dans les régions arides, et durcit les normes relatives à la protection de l’environnement.

Les résultats sont effectivement encourageants. Depuis 2007, l’utilisation d'engrais a progressé de 7 %, la mécanisation des techniques agricoles de 27 %, et l’utilisation de systèmes d’irrigation de 127 %.

Si ces initiatives se traduisent effectivement par une hausse de la production, les nouveaux rendements auront bientôt une place sur les étals européens.

 

Morocco: Boosting agriculture

En Français

Already boasting an incredibly close bilateral relationship, export volumes between the EU and Morocco look to grow even further as continuing liberalisation – in the guise of a pair of new trade agreements – loosens restrictions on agricultural and seafood products.

In February, after much heated debate, the European parliament narrowly approved measures to liberalise trade with Morocco in agricultural and fisheries products. The new legislation allows for an increase in specific quotas, currently worth an estimated €100m per year, for zero- or low-duty imports. It also will immediately cut 55% of tariffs on Moroccan agricultural and fisheries products and 70% of tariffs on similar EU products for a period of 10 years. In total, 45% of all EU imports to Morocco will become duty-free.

Some of the main EU products to have their import duties eliminated include poultry, butter, certain cheeses, fruit, UHT milk, olive oil, tomatoes, durum wheat products, fruit and vegetable juices, nuts, potatoes and tobacco. Moroccan products to be included in the duty-free category are tomatoes, garlic, courgettes, cucumber, artichokes, apricots, grapes, peaches, oranges and chemically pure fructose.

Proponents of the deal, which builds on an existing agricultural agreement from 2008, say that it will likely create better investment opportunities for EU companies and more jobs for the Moroccan agricultural sector.

Today, the sector represents 15% of Morocco’s GDP and is a major source of employment, with 3m-4m people working in the agricultural and agro-industrial fields. The total value of agricultural exports totalled €1.4bn in 2010, the majority of which went to the EU.

The measures had to overcome heated criticism in the EU parliament, fuelled by concerns over the subsequent impacts on domestic European production.

Aziz Akhannouch, Morocco’s agriculture and fisheries minister, dismissed these concerns, telling local media in February that both EU companies and Moroccan small farmers affiliated with giant exporting cooperatives would benefit from the deal. He said that 80% of Moroccan farms are less than 5 ha in size and thus unable to export their produce without joining larger cooperatives.

To alleviate such concerns, the bill includes numerous “safeguards”, such as only allowing slight increases for quotas of certain products, specifically tomatoes, strawberries, cucumbers and garlic. The agreement also provides for seasonal quotas to counter oversupply and distortion in the EU market, limiting the impact of granting improved access to unprocessed fruit and vegetables from Morocco, which currently make up 80% of total EU imports. The accord also calls for Moroccan imports to meet European sanitary standards, which in the past have been a barrier to exports.

The EU parliament has also called on the European Commission to monitor strict application of quotas and strengthen controls to avoid possible fraud in the entry price system, while simultaneously requesting an assessment of the impact on European producers and farmers’ incomes. They have also insisted on the inclusion of a “rendezvous clause”, which states that both parties must meet no later than three years from the start of the agreement to consider further alterations and concessions.

The deal comes as part of a long-term effort by the Moroccan government to strengthen the performance and output of the domestic agricultural sector. The country has long held a competitive edge in fruit and vegetable production due to a fortuituous geography, but has suffered from volatile swings in production due to water issues and outdated cultivation and harvesting methods.

The government’s cornerstone initiative for this comprehensive overhaul of the sector is the Plan Vert, a multi-billion euro agricultural development programme. Launched in 2008, Plan Vert aims to increase the sector’s profitability and spur rural development by seeking out private investment in regions with a high agricultural potential through subsidies and improved infrastructure. Plan Vert also provides for the modernisation of farming methods in arid regions and increases environmental protection standards.

The results have indeed been encouraging. Since 2007, fertiliser use has increased by 7%, the mechanisation of farming techniques has risen by 27%, and the use of irrigation systems has gone up by 127%.

Should these initiatives lead to increased production as expected, the new yields will soon have a new home in the EU market.

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