Marchés de capitaux : l’Algérie cherche à stimuler les liquidités

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Les emprunts traditionnels étant désormais limités par la baisse des recettes issues des hydrocarbures, les autorités publiques redoublent d’efforts pour développer les marchés de capitaux algériens.

En encourageant les cotations sur les marchés de la dette ainsi que des actions, les autorités cherchent à soulager la pression qui pèse sur le Trésor et à créer de nouveaux débouchés d’investissement pour les institutions financières.

« Le Trésor et l’État n’ont plus les moyens de financer les projets de développement à la même hauteur que ces dernières années, avec pour conséquence une redistribution des canaux de financement et un besoin de développement des marchés financiers », a déclaré  à OBG Abdelhakim Berrah, président de la Commission d'Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse en Algérie (COSOB)

Étant donné le faible volume des échanges, et le nombre relativement bas d’investisseurs, les liquidités ont été historiquement un obstacle au développement de ces marchés. Néanmoins, les autorités entendent rétorquer en misant sur la privatisation d’entreprises publiques et sur les cotations dans le secteur privé.

Potentiel de croissance

La Bourse d’Alger, qui est opérationnelle depuis 1999, ne compte que cinq valeurs cotées, offrant ainsi un formidable potentiel. Des frémissements ont d’ailleurs été observés  au cours des derniers mois, la capitalisation boursière enregistrant une croissance de 8% en 2015 avec une clôture à 16 milliards de dinars (129,2 millions d’euros), contre 14,8 milliards de dinars (119,5 millions d’euros) à la fin 2014.

Cependant, la totalité de cette capitalisation boursière équivalait à moins de 1% du produit intérieur brut (PIB) en 2014, contre 62,7% au Maroc et 21 7% en Tunisie. La marge de croissance est donc très significative.

Le mois dernier, le groupe pharmaceutique algérien privé Biopharm a pour la première fois été introduit en Bourse, avec à la clé une levée de 6 millions de dollars dès la première semaine. Les parties prenantes ont souligné que les résultats financiers de Biopharm ainsi que son activité dans le secteur de la santé, promis à une croissance future du fait du vieillissement démographique, constituaient un potentiel d’attraction d’investissements supplémentaires.

La place boursière compte également SAIDAL parmi ses cotations, fabricant pharmaceutique détenu majoritairement par l’État, l’Entreprise de Gestion Hôtelière Chaine EL AURASSI (partiellement détenue par l’État), et les acteurs privés Alliance Assurances et Nouvelle Conserverie Algérienne de Rouiba.

« Au niveau institutionnel, il faudra développer les instruments d’épargne collective qui permettent à des épargnants d’investir dans un portefeuille diversifié de valeurs, ce qui permettra de diminuer le risque, et d’augmenter la liquidité disponible sur le marché », a déclaré à OBG Mohammed Khelfaoui, directeur-général de Tell Markets. « C’est toute une industrie de la gestion d’actifs pour compte de tiers qu’il faut créer. Il faut également encourager les sociétés d’assurances et les caisses de retraites à investir en actions une partie des masses considérables de liquidités qu’elles gèrent. Cela permettra d’apporter plus de capitaux aux entreprises algériennes ».

Privatisation partielle

Au vu de l’envergure et de l’échelle des entreprises publiques en Algérie, les entités publiques jouent bien entendu un rôle central dans les efforts déployés par le gouvernement pour accroître ses liquidités sur la place boursière, attirer de nouveaux investisseurs et stimuler les échanges d’actions existantes.

En vertu de la Loi de finances 2016, publiée fin 2015, les entreprises publiques sont autorisées à ouvrir jusqu’à 66% de leur capital social. Il convient néanmoins de préciser que seul l’actionnariat national résident y est éligible.

Les prises de position n’ont pas tardé. En effet, la Société des ciments Ain El Kebira (SCAEK) a lancé son introduction à la mi-mai, prévue pour clôture le 13 juin.

L’entreprise cherche ainsi à augmenter son capital de 33% grâce à la vente de près de 12 000 nouvelles actions, à répartir entre investisseurs institutionnels (37%) tels que des banques et des compagnies d’assurances, investisseurs particuliers (27%), personnes morales (25%) et salariés de l’entreprise (1%).

Entre Biopharm et SCAEK, la capitalisation boursière de la place d’Alger devrait être multipliée par six pour quasiment franchir la barre du milliard de dollars d’ici à la fin juin, selon la COSOB.

Quatre autres entreprises publiques sont également appelées à ouvrir leur capital social au cours des six prochains mois, faisant ainsi grimper le nombre total de cotations à 10, et la capitalisation boursière globale à 10 milliards de dollars selon les médias locaux.

Le Groupe public des ciments d'Algérie, qui est l’entreprise mère de SCAEK, envisage également la cotation de deux autres filiales. De leur côté, le Crédit populaire d’Algérie, Cosider Carrières et la Compagnie Algérienne d'Assurance et de Réassurance devraient elles aussi se lancer sur la place boursière d’ici à la fin de l’année, selon la presse.  

Encourager les introductions en bourse

En dépit des évolutions récentes, la place boursière d’Alger continue de voir son développement se heurter à certaines difficultés, telles que le manque de sensibilisation aux avantages que présentent les investissements en capitaux propres, notamment sur le plan de l’introduction en Bourse.

Afin d’y remédier, la COSOB est sortie de son rôle traditionnel de réglementation pour promouvoir une meilleure compréhension du fonctionnement des marchés financiers, ainsi qu’une culture de l’investissement plus active.

Mais l’Algérie a également recours aux canaux habituels de réglementation pour faire bouger les lignes. La Loi de finances 2015 a permis le maintien d’une mesure entrée en vigueur l’année précédente en accordant une exonération fiscale aux entreprises proportionnelle à la part de leur capital social ouverte au marché, ainsi qu’une autre exonération fiscale sur les plus-values pour encourager les investisseurs.

Emprunts d’État

Le marché algérien de la dette n’est pas en reste, avec le grand retour des émissions obligataires lancées par le gouvernement en avril, chose qui n’était pas arrivée depuis des années. L’objectif : ouvrir de nouveaux débouchés de financement après la chute des recettes énergétiques qui, traditionnellement, représentent environ 60% des dépenses budgétaires. Le gouvernement avait été particulièrement actif sur ce terrain entre 2003 et 2010, et son retour va permettre de donner un nouvel élan au marché obligataire du pays.

Ces obligations seront assorties pour les échéances à trois ans d’un coupon de 5%, et de 5,75% à cinq ans, selon les médias. Dès la fin avril, toutes les obligations émises avaient trouvé preneur pour un montant total de 20 milliards de dinars (161,9 millions d’euros).

Selon Salah Khebri, ministre de l’Énergie, le gouvernement envisage également l’émission d’obligations pour aider au financement d’investissements ciblés dans le secteur de l’énergie.

« Nous aurons recours à l’émission d’obligations », a-t-il déclaré aux médias le mois dernier. Nous les consacrerons exclusivement à des investissements productifs dans le secteur de l’énergie », citant Sonelgaz et Sonatrach.

Le gouvernement a pris l’engagement de financer ces projets à hauteur de 75%, étant attendu que les filiales de Sonelgaz et Sonatrach couvrent les 25% restant. 

 

 

Algeria looks to boost capital markets liquidity

En Français

With traditional lending constrained by lower hydrocarbons receipts, public authorities are redoubling their efforts to develop Algeria’s capital markets.

By encouraging listings on the country’s equity and debt markets, officials are looking to relieve pressure on the national Treasury and create new investment opportunities for financial institutions.

“The Treasury and the state no longer possess the budgetary means to finance development projects at the same level as in recent years, which has resulted in a redistribution of funding channels and underscoring the need to develop financial markets,” Abdelhakim Berrah, president of the Commission for the Organisation and Oversight of the Stock Market (Commission de Surveillance des Opérations de Bourse, COSOB), told OBG.

Given the small size of the exchange and relatively low number of investors, liquidity has historically been an obstacle to development. However, officials aim to combat this through a combination of privatisation of state-owned companies and private sector listings.

Room for growth

Operational since 1999, the Bourse d'Alger, with only five listed equities, has considerable potential. In recent months, momentum has picked up, with the bourse’s market capitalisation rising by 8% in 2015 to finish the year at AD16bn (€129.2m), up from AD14.8bn (€119.5m) at the close of 2014.

However, combined market cap for the exchange was equivalent to less than 1% of GDP in 2014, compared to 62.7% for Morocco and 21.7% for Tunisia, suggesting there is significant scope for growth.

Last month, Biopharm, a private Algerian pharmaceuticals company, launched an initial public offering (IPO), raising $6m in its first week. Stakeholders pointed to Biopharm’s financial results and its focus on the health sector – expected to grow as the Algerian population ages – as offering potential to attract further investment.

In addition to Biopharm, other listed equities include majority state-owned pharma manufacturer SAIDAL, partially state-owned hotel operator Entreprise de Gestion Hôtelière El Aurassi and privately owned Alliance Assurances and Nouvelle Conserverie Algérienne de Rouiba, a food and beverage producer.

“At the institutional level, it is important to develop collective savings instruments that allow investors to invest in a diversified portfolio of securities, which reduces risk and increases liquidity in the market,” Mohammed Khelfaoui, general manager at Tell Markets, told OBG. “A whole industry of asset management for third parties must also be created – it is important to encourage insurance companies and pension funds to invest in shares. This will bring more capital to Algerian companies.”

Partial privatisation

Considering the scale and scope of state-owned companies in Algeria, public entities are expected to play a central role in the government’s efforts to boost liquidity on the exchange, attract new investors and energise trading of existing shares.

According to the 2016 Finance Law, published at the end of last year, state companies are permitted to float up to 66% of their shares, though ownership remains limited to national resident shareholders.

There has already been some action on this front. Cement company Société des Ciments Ain El Kebira (SCAEK) launched an IPO in mid-May, which is scheduled to close on June 13.

The company is looking to increase its capital by 33% through the sale of close to 12,000 new shares, to be divided among institutional investors (37%), such as banks and insurance companies; individual investors (37%); legal entities (25%); and company employees (1%).

Between Biopharm and SCAEK, the market cap of Bourse d’Alger is expected to increase six-fold to nearly $1bn by the end of June, according to COSOB.

Four additional public companies are also expected to list in the second half of the year, bringing the number of listed companies to 10 and the bourse’s combined market cap to $10bn, local media reported.

SCAEK’s parent company, Groupe Public des Ciments d'Algérie, plans to list another two subsidiaries, while the bank Crédit Populaire Algérien, Cosider Carrières and Compagnie Algérienne d'Assurance et de Réassurance are also expected to float by the end of this year, according to press reports.

Incentivising IPOs

Despite recent movements, the expansion of Algeria’s exchange faces several challenges due to a lack awareness of equity investments, and in particular the benefits to companies of listing.

To counter this, COSOB is stepping outside its conventional regulatory role to promote an understanding of how the stock market operates, as well as a more active investment culture.

Algeria is also making use of conventional regulatory avenues to encourage listing. The 2015 Finance Law maintained a measure introduced the previous year granting tax breaks to companies in proportion to the percentage of capital they list on the market, and another expanding tax breaks on capital gains to encourage investors.

Government bonds

The country’s debt market is also seeing movement, with the government issuing its first local bonds in years in April in a bid to secure alternative sources of finance after a drop in energy revenues, which traditionally account for around 60% of budget spending. Government debt issuances had seen a period of notable activity between 2003 and 2010, and this most recent issue marks a reinvigoration of the country’s bond market.

The issues will have a maturity of three years with a coupon rate of 5% or five years at 5.75%, according to media reports. As of late April, the issues were fully subscribed at AD20bn  (€161.9m).

The government is also considering issuing bonds to help fund targeted investments in the energy sector, according to Salah Khebri, minister of energy.

“We will resort to bond issues,” he told local media last month. “They will be exclusively devoted to productive investments in the sector of energy,” he added, citing state energy companies Sonelgaz and Sonatrach.

The state has pledged to finance 75% of these projects, with the subsidiaries of Sonelgaz and Sonatrach to cover the remaining 25%.

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