Le secteur de l’énergie tunisien à l’heure du changement

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La Tunisie cherche à accroître les investissements étrangers dans son secteur des énergies renouvelables dans le cadre d’une stratégie de diversification de son bouquet énergétique et de réduction de la dépendance du pays aux importations d’hydrocarbures.

Slim Feriani, le Ministre de l’Industrie et des PME, a annoncé mi-janvier que le pays visait à attirer 2 milliards de dollars d’investissements étrangers grâce au lancement d’appels d’offres internationaux portant sur la réalisation d’une série de projets d’électricité éolienne et solaire au cours des trois prochaines années.

Ces investissements permettraient de doter la Tunisie d’une capacité de production supplémentaire de 1900 MW d’ici 2022, ce qui représentera alors environ 22% de la capacité installée.

Cela contribuera également à rapprocher la Tunisie de l’objectif à long terme qu’elle s’est fixé dans le Plan d’Action Pour l’Accélération des Projets d’Energie Renouvelables, lancé en 2016, à savoir de couvrir 30% de ses besoins en électricité par des énergies renouvelables d’ici 2030.

A l’heure actuelle, environ 3% de l’électricité produite en Tunisie est de source renouvelable – éolienne pour la plupart- le reste provenant de centrales électriques fonctionnant à partir de combustibles fossiles. La capacité installée atteint aujourd’hui 5781 MW et on s’attend à une augmentation de la demande de l’ordre de 2 à 5% par an.

Cette volonté de développement des capacités des énergies renouvelables s’explique en partie par des pressions budgétaires. Les importations énergétiques représentent environ un tiers du déficit commercial, qui est passé de 15,6 milliards de dinars (4,6 milliards d’euros) en 2017 à 19 milliards de dinars (5,6 milliards d’euros) l’an dernier.

Le déficit commercial pourrait se creuser encore davantage cette année, les importations énergétiques affichant une hausse de 26,6% en glissement annuel au mois de janvier, imputable en grande partie à une augmentation des importations de gaz utilisé pour alimenter les centrales électriques.

Si le pays intensifie actuellement sa production d’hydrocarbures, avec une production de gaz qui devrait passer de 35 000 barils équivalent pétrole par jour à 65 000 d’ici la fin de cette année, les réserves tunisiennes limitées ne suffiront pas à répondre à une demande d’énergie qui évolue à la hausse.

Plan d’investissement dans les énergies renouvelables

L’augmentation des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique devrait entraîner une hausse de l’investissement privé dans le secteur, et en particulier un essor des activités des producteurs d’électricité indépendants (IPP).

Mi-janvier, le Ministère de l’Industrie et des PME a annoncé que pour la première fois il avait autorisé des entreprises étrangères à construire et exploiter des centrales électriques éoliennes dans le pays. Les quatre projets retenus disposeront d’une capacité combinée de 120 MW.

Les opérateurs – les entreprises françaises Luca Holding et VSB Énergies Nouvelles, la compagnie allemande Abo Wind et la filiale tunisienne de la société internationale UPC Renewables - investiront en tout 400 millions de dinars (117,2 millions d’euros) dans ces projets.

L’électricité produite par les quatre parcs éoliens sera ensuite vendue au groupe public Société Tunisienne de l’Electricité et du Gaz (STEG).

Ces projets font partie d’un ensemble d’initiatives dans le domaine des énergies renouvelables – solaire et éolienne- qui entendent doter la Tunisie d’une capacité supplémentaire de 1000 MW et pour lesquelles le Ministère de l’Energie, des Mines et des Energies Renouvelables a lancé des appels à candidature de pré-qualification en mai dernier.

L’accent accru placé sur les énergies renouvelables pourrait également entraîner une diversification du marché de la production électrique en aval, jusque-là dominé par la STEG. Actuellement, la compagnie d’électricité publique est à l’origine de 90% de la capacité de production en Tunisie, les IPP se partageant le reste.

A l’heure où le gouvernement s’attèle à atteindre l’objectif ambitieux qu’il s’est fixé en matière d’énergies renouvelables à l’horizon 2030, les IPP pourraient tirer profit d’opportunités d’investissement accrues dans le secteur au cours des années à venir.

Des bases règlementaires solides

Si la Tunisie ne dispose actuellement que d’une capacité de production limitée, le cadre législatif régissant le secteur devrait lui permettre de tirer le maximum de profit des projets d’énergie renouvelables et d’attirer davantage d’investissements, selon un récent rapport de la Banque Mondiale.

Le rapport traitant des « Indicateurs sur les politiques publiques en matière d’énergie durable », publié en décembre dernier, constatait que la Tunisie, malgré son statut de pays à faible ou moyen revenu, était parvenue à mettre en place un cadre règlementaire solide en matière d’énergies renouvelables, comparable à celui de pays à revenu élevé.

La Tunisie affiche de bons résultats dans le domaine de la planification de l’efficacité énergétique, avec notamment la mise en place de mesures incitatives et de directives pour le secteur public et l’industrie – des facteurs qui devraient apporter un solide soutien aux fournisseurs de services de la filière renouvelable.

La Banque Mondiale classe la Tunisie parmi les trois pays où le développement des cadres règlementaires, fiscaux et infrastructurels nécessaires au déploiement des énergies renouvelables a connu la plus forte amélioration. Ce cadre comporte des dispositions concernant la privatisation des ressources énergétiques et des règlementations qui régissent le secteur.

Le rapport notait toutefois que la Tunisie accusait toujours un retard pour ce qui est de l’élaboration de politiques publiques pour soutenir le raccordement au réseau et l’accès à ce dernier par des tiers et qu’il est nécessaire de déployer davantage d’efforts pour promouvoir les énergies renouvelables en dehors du secteur de l’électricité.

 

 

How Tunisia’s energy sector is changing

En Français

Tunisia is seeking to increase foreign investment in its renewable energy sector as part of a plan to diversify its energy mix and reduce dependence on hydrocarbons imports.

Slim Feriani, the minister of industry and small and medium-sized enterprises, announced in mid-January that the country was seeking to attract $2bn in foreign investment by launching international bids to develop a series of wind and solar power projects over the next three years.

These investments would create 1900 MW of generation capacity by 2022, which, by that time, would account for about 22% of installed capacity.

This target will also help meet Tunisia’s longer-term goal, as set out in the 2016 Renewable Energy Action Plan, of having 30% of power needs met by renewable resources by 2030.

At present, renewable energy accounts for around 3% of generation capacity – most of it wind-powered – with fossil fuel-fired plants providing the rest. Current installed capacity is 5781 MW, with demand set to increase by between 2% and 5% per annum.

The push to boost renewable energy capacity is being fuelled in part by pricing pressure. Energy imports account for around one-third of the trade deficit, which expanded from TD15.6bn (€4.6bn) in 2017 to TD19bn (€5.6bn) last year.

The trade gap may widen further this year, with a 26.6% year-on-year increase in energy imports posted in January, mainly the result of a jump in inbound gas shipments used to fire power stations.

While the country is ramping up its domestic hydrocarbons production, with gas output expected to increase from 35,000 barrels of oil equivalent per day to 65,000 by the end of this year, Tunisia’s limited reserves will not be able to offset rising energy demand.

See also: The Report – Tunisia 2018

Renewables investment plan

The expansion of renewables in the energy mix is expected to lead to an increase in private investment in the sector, with independent power producers (IPPs) in particular to see a jump in activity.

In mid-January the Ministry of Industry and Small and Medium-sized Enterprises announced it had for the first time licensed foreign firms to install and operate wind energy plants in the country, with the four projects to have a combined capacity of 120 MW.

The operators – French companies Luca Holding and VSB Energies Nouvelles, German firm Abo Wind and the Tunisia subsidiary of international group UPC Renewables – will invest a total of TD400m (€117.2m) in the projects.

The offtake from the four wind farms will be then sold to the state-owned Tunisian Company for Electricity and Gas (Société Tunisienne de l’Electricité et du Gaz, STEG).

These projects formed part of some 1000 MW of renewable capacity – consisting of solar and wind – that the Ministry of Energy, Mines and Renewable Energies issued pre-qualification applications for in May last year.

The increased emphasis on renewable sources could also lead to a diversification away from STEG’s dominance in the downstream generation market. Currently, the state power firm accounts for 90% of generation capacity, with IPPs meeting the balance.

With the government looking to implement its ambitious renewables target by 2030, IPPs should benefit from increased investment opportunities in the segment for years to come.

Strong regulatory foundations

While current production capacity is limited, Tunisia’s regulatory base should allow it to maximise returns on renewable energy projects and attract further investment, according to a recent report by the World Bank.

The “Regulatory Indicators for Sustainable Energy” report, released in December, stated that despite being a lower-middle-income nation, Tunisia had established a strong renewable energy framework comparable to some high-income countries.

It performed well in regard to energy efficiency planning, along with incentives and mandates for the public and industrial sectors – factors that should offer solid support for renewables service providers.

The bank rated Tunisia as one of the three most improved countries in the report – along with Egypt and the UAE – in developing the regulatory, fiscal and infrastructure frameworks required for renewable energy deployment. This framework includes provisions for private sector ownership of energy resources and regulations to govern the segment.

However, the report noted that Tunisia continues to lag behind in developing policies that support network connections and use by third parties, and that more needs to be done to promote renewable energy outside of the electricity sector.

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