Le déficit mondial de cacao, un atout pour la Côte d’Ivoire

In English

Le déséquilibre annoncé entre l’offre et la demande de cacao devrait profiter à la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao. Les négociants de matières premières estiment que le marché s’orientera vers une situation déficitaire dans les quatre prochaines années alors que la production ne pourra pas répondre aux besoins générés par la croissance de la consommation mondiale en chocolat et confiseries.

En novembre 2013, le cours du cacao atteignait son plus-haut en deux ans. Et alors que l’année 2014 est déjà amorcée, les prix continuent de se maintenir à un niveau élevé. Le pays a démarré la saison actuelle en force, et augmenté ses recettes à l’exportation. Cela devrait permettre à la Côte d’Ivoire de stimuler ce secteur clé de son économie tout en bénéficiant aux petits exploitants.

Un solide début de campagne

A court terme, la filière cacaoyère ivoirienne sera stimulée par une récolte exceptionnelle durant la première moitié de la saison 2013/14. La saison principale du cacao s’étale d’octobre à mars, suivie d’une moindre récolte « à mi-parcours » entre mai et août. En date du 5 janvier, on estimait les livraisons de fèves de cacao destinées à l’exportation vers les ports ivoiriens à 932 000 tonnes depuis le début de la saison. Il s’agit là du plus haut niveau enregistré depuis la campagne de 2004/05, la hausse se chiffrant à plus de 30 % si l’on prend en compte les niveaux observés à la même époque l’année dernière.

Continaf BV, un négociant basé à Amsterdam, a déclaré à Bloomberg qu’il anticipait une production annuelle de 1.55 million de tonnes pour la Côte d’Ivoire, soit + 5.4 % comparé à 1.47 million de tonnes pour la campagne 2012/13. Mais l’enthousiasme général a été quelque peu tempéré par les récentes conditions météorologiques exceptionnellement chaudes et sèches pour la saison. La production devrait donc ralentir après janvier. L’engouement récent autour de l’achat des productions ivoirienne et ghanéenne (numéro deux mondial) est probablement le signe d’une volonté de constitution de réserves afin d’anticiper les retours faibles attendus pour cette campagne. D’où une flambée du cours du cacao.

Déficit mondial à l’horizon

La tonne de fèves de cacao a grimpé de 2 275 $ en janvier 2013 à 2 840 $ en novembre, soit son plus-haut en deux ans, selon l’Organisation internationale du cacao de Londres. Le cours du cacao devrait se maintenir à un niveau élevé alors que les marchés anticipent une offre insuffisante face à la demande, qui a particulièrement augmenté dans certains pays émergents tels que la Chine, l’Inde et le Brésil.

La Côte d’Ivoire, qui représente environ 40 % de la production mondiale, est en bonne position pour bénéficier de cette hausse de la demande. En effet, l’agriculture fait partie intégrante de l’économie ivoirienne, en comptant pour plus d’un quart de son PIB en 2012 (3.5 billions de francs CFA – 5.3 millions d’euros), et environ 40 % de ses recettes à l’exportation. A lui seul, le cacao représente 15 % du PIB ivoirien.

Mais au cours des cinq dernières années la production a stagné à 1.2 – 1.5 million de tonnes, selon la météo et la santé des cultures, avec un plus-bas enregistré pour la campagne 2010/11, notamment à cause de l’instabilité qu’avait connu le pays au sortir des élections présidentielles de 2010. La faiblesse des investissements dans les nouvelles techniques d’exploitation et les terrains expliquent également le développement limité du secteur durant cette période.

Retombées économiques

Le Conseil Café Cacao déploie la réforme de cette filière depuis 2011, même s’il est vrai que la nature fragmentée du marché (la plupart des exploitations étant de petite taille) rend sa mise en œuvre délicate. La taille moyenne d’une exploitation est effectivement de 3.89 hectares, et on estime que 89 % des exploitations ont une superficie inférieure à 10 hectares. La hausse continue du cours du cacao aidera peut-être les exploitants à acheter de nouveaux terrains, à renouveler les cacaoyers vieillissants, et au final à améliorer leur production. Mais il reste encore beaucoup à faire. Au Ghana, des mesures similaires (notamment l’apport de jeunes plants hybrides et l’abattage des arbres non productifs) ont d’ores et déjà permis d’engranger des volumes plus importants.

Cet engouement pour la première campagne s’est traduit pour les producteurs ivoiriens par une hausse des prix minimums à l’achat. Durant la campagne 2012/13, un prix minimum avait été fixé par le gouvernement ivoirien afin de garantir l’exportation du cacao via les canaux de distribution officiels et de limiter le trafic potentiel, certains négociants cherchant à tirer partie des différences de prix avec le Ghana. Le prix minimum ivoirien avait alors été fixé à 750 francs CFA le kilo (1.14 euro) pour la saison actuelle d’octobre-mars. Mais les négociants ont fait part de prix d’achat aux producteurs bien supérieurs, allant jusqu’à 810 francs CFA (1.23 euro) en octobre.

Le niveau élevé des prix renforcera les recettes à l’exportation et améliorera quelque peu la situation des petits exploitants. Cependant, il sera nécessaire d’investir à grande échelle dans de nouveaux plants et de nouvelles techniques afin d’assurer une augmentation pérenne de la production cacaoyère en Côte d’Ivoire, ainsi qu’en Afrique de l’Ouest en général.
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Côte d’Ivoire to benefit from global cocoa deficit

En Français

The world’s top producer of cocoa beans, Côte d’Ivoire, is set to benefit from an anticipated mismatch between expected demand for the chocolate ingredient and available supply. Commodity traders estimate that the market is heading for a deficit in the next four years, as growing consumption of chocolates and confectionery outpaces production.

Cocoa prices rose to a two-year peak in November 2013 and remained high heading into 2014. Côte d’Ivoire has seen a strong start to the current growing season, and increased export revenue should help to boost this key sector and benefit small-scale farmers.

Strong early harvest

In the short term, Côte d’Ivoire’s cocoa industry will be bolstered by a bumper crop in the first half of the 2013/14 season. The main cocoa season lasts from October-March, followed by a smaller “mid-crop” between May and August. By January 5, an estimated 932,000 tonnes of cocoa beans had arrived at Ivoirian ports for export since the start of the season; these are the highest levels registered since the 2004/05 season and almost 30% above arrivals for the same period in the previous year.

Amsterdam-based trader Continaf BV told Bloomberg it expects Côte d’Ivoire’s annual production to reach 1.55m tonnes, up 5.4% from 1.47m tonnes in the 2012/13 season. However, expectations for the year have been tempered by unseasonably hot, dry weather in recent weeks, and production is expected to drop off after January. The recent flurry to buy up output from Côte d’Ivoire and Ghana, the world’s second-largest cocoa producer, is likely an effort to stock up on the early harvest in anticipation of lower returns later in the season, which has contributed to the spike in cocoa prices.

Anticipating a global deficit

The price of a tonne of cocoa beans jumped from an average of $2275 in January 2013 to a two-year peak of $2840 in November, according to data from the International Cocoa Organisation in London. Cocoa prices are expected to remain high amid concerns that supply will be unable to meet demand, which has increased sharply in emerging economies such as China, India and Brazil.

Côte d’Ivoire, which accounts for roughly 40% of global supply, is well positioned to benefit from growing demand. Agriculture is an integral part of the Ivoirian economy, making up more than one quarter of GDP in 2012 – CFA3.5trn (€5.3bn) – and around 40% of export revenue. Cocoa alone represents 15% of GDP.

However, national production has remained relatively flat in the past five years. Output has ranged from 1.2m tonnes to 1.5m tonnes, depending on weather and crop health, hitting a low in the 2010/11 season in part due to the unrest following the 2010 presidential elections. Limited investment in both land and new farming techniques has also constrained sector development.

Economic benefit

The Coffee Cocoa Council (Conseil Café Cacao) has been working to reform the sector since 2011, although the fragmented nature of the market – most farms are small-scale – has made implementation difficult. The average plot size is 3.89 ha, and an estimated 89% of farming households operate on fewer than 10 ha. The steady rise in cocoa prices may help allow farmers to reinvest in the land, renew ageing cocoa trees, and ultimately improve output, although much work remains to be done. Similar efforts in Ghana, including the provision of hybrid seedlings and the clearing of non-productive trees, have already brought higher volumes.

The scramble to buy up early output has translated into higher farm gate prices for Ivoirian producers. A government-guaranteed minimum price was introduced in the 2012/13 season to ensure that crops enter formal export channels, to limit the potential for smuggling by traders who seek to take advantage of a difference prices in Ghana. The Ivoirian minimum price was set at CFA750 per kg (€1.14) for the current October-March season, but traders have reported farm gate prices well above this, reaching CFA810 (€1.23) in October.

High prices will support export revenues and provide a slight improvement for small-hold farmers. However, large-scale investment in new trees and new techniques will be necessary to provide a lasting increase to cocoa production in Côte d’Ivoire, and in West Africa more broadly.

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