La hausse de la demande mondiale d’engrais, une aubaine pour le secteur minier marocain

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Le Maroc, désireux de tirer parti de la hausse de la demande mondiale d’engrais prévue, s’attèle actuellement à développer les activités d’extraction de la potasse dans le pays, ce qui devrait entrainer la création de davantage d’opportunités d’exportation et contribuer à renforcer les capacités en aval.

Mi-février, la compagnie minière britannique Emmerson a annoncé avoir entamé une étude d’impact environnemental et social dans le cadre de son projet d’exploitation des importantes réserves de potasse présentes dans le bassin de Khemisset, situé à quelque 85 km à l’est de Rabat, la capitale du royaume.

L’étude, menée par le bureau d’études marocain Phénixa, spécialiste de l’ingénierie de l’environnement, constitue une étape supplémentaire vers la compilation des documents nécessaires à la demande d’une licence minière.

Emmerson détient depuis octobre 2017 une participation de 100% dans le projet de Khemisset, suite à l’acquisition de Morocco Salts, une société offshore enregistrée aux Îles Vierges jusque-là détentrice des droits d’exploitation du projet.

On estime la capacité de production annuelle du site à 800 000 tonnes de minerai, avec possibilité d’expansion, selon les projections d’Emmerson, soit des ressources suffisantes pour faire durer les activités de la mine pendant 20 ans. Des études indépendantes ont estimé la valeur de la production de la mine à 1,1 milliard de dollars.

Le développement de l’extraction de la potasse au Maroc soutenu par les prix mondiaux

Si la demande de potasse, et par conséquent, les prix de cette dernière, ont connu ces dernières années un effondrement, ce ralentissement dans le secteur, associé aux tendances mondiales, pourrait en fait se transformer en avantage pour l’industrie extractrice marocaine.

La potasse, une composante de base du potassium, très utilisé dans la production d’engrais, est principalement extraite dans des mines situées en Russie et au Canada.

La chute des prix de la potasse, qui est passée d’environ 300 dollars la tonne en milieu d’année 2016 au cours actuel de 215 dollars la tonne, et les coûts relativement élevés de l’extraction, ont toutefois entrainé un resserrement de la marge bénéficiaire pour certains producteurs.

A l’inverse, Emmerson a vanté la facilité d’accès de ses exploitations et le faible niveau d’investissement requis.

Grâce aux importantes infrastructures logistiques déjà en place au Maroc dans la mesure où le pays a développé ses installations portuaires pour exporter ses ressources minérales, ainsi qu’à un accès facile aux services de transport routier et aux marchés européens, le projet de Khemisset a des avantages en termes de coûts que ses concurrents n’ont pas.

Début mars, Emmerson a annoncé qu’il pourrait réduire l’investissement initial prévu de 7,5 millions de dollars en utilisant le Port de Casablanca pour ses exportations, plutôt que celui de Mohammedia, qui avait été proposé au départ.

Cet avantage est encore accentué par la nature du gisement, les réserves étant proches de la surface et donc faciles à exploiter, conférant à l’entreprise une longueur d’avance potentielle par rapport aux producteurs concurrents.

Des études préliminaires estiment que les dépenses d’investissement nécessaires au développement de la mine s’élèveront à moins de la moitié des coûts mondiaux moyens, et à peine d’un tiers des coûts engagés dans le cadre de projets semblables au Canada.

En outre, étant donné les prévisions d’accroissement de la population mondiale, avec 9,5 milliards d’habitants prévus dans 30 ans, l’ONU estime que la production alimentaire devra augmenter de 70% au cours de cette période, ce qui devrait entrainer une hausse considérable de la demande d’engrais pendant les décennies à venir.

Une hausse de la production qui devrait doper la production aval au Maroc

Si Emmerson a insisté sur le potentiel du projet de Khemisset pour ce qui est des exportations, celui-ci pourrait également rencontrer une forte demande sur le marché intérieur marocain.

A l’heure actuelle, le groupe minier et producteur d’engrais public OCP importe son potassium de l’étranger, le Maroc étant le cinquième exportateur du minerai au monde.

Toutefois, si l’OCP pouvait se procurer le potassium dont il a besoin au Maroc, il pourrait réduire ses coûts de production.

La situation géographique des usines d’engrais de l’OCP à Jorf Lasfar et à Safi sur la côte occidentale du pays, à proximité de liaisons routières et ferroviaires, fait que le volet logistique d’une chaîne d’approvisionnement potentielle pour la potasse est déjà en place.

En se procurant son potassium de sources marocaines, comme du projet de Khemisset, l’OCP, principalement connu pour ses activités d’extraction et d’exportation de phosphates, poursuivrait sa stratégie de diversification en s’associant à des acteurs étrangers afin de créer des composantes à valeur ajoutée.

Le 24 janvier, l’OCP a annoncé la signature d’un accord avec le fabricant espagnol de solutions de nutrition pour les plantes Fertinagro Biotech portant sur la création d’une usine commune à Jorf Lasfar – où le groupe marocain possède déjà un hub de production – où seront fabriqués des engrais de précision.

L’usine, qui devrait entrer en production en 2020, sera dotée d’une capacité initiale annuelle de production de 250 000 tonnes d’engrais NPK (nitrogène, phosphore et potassium), qui pourra être développée ultérieurement pour atteindre 1 million de tonnes.

Afin de soutenir son expansion dans le marché des engrais NPK, l’OCP a annoncé en mars son intention d’investir 2,7 milliards de dirhams (20 millions d’euros) dans une nouvelle usine de production d’acide sulfurique, qui sera utilisée à des fins de production d’engrais granulaires.

Développement des activités de l’OCP à l’étranger

L’OCP ne procède pas au développement de sa production uniquement sur le territoire marocain. Des investissements annoncés récemment dans le marché africain permettront également de renforcer la position de l’OCP dans la région, où elle est déjà à l’origine de 69% des importations de produits phosphatés.

Dans le cadre d’une stratégie présentée début mars, l’OCP entend investir 1,5 milliard de dollars dans une usine de production d’ammoniac au Nigéria, d’une capacité annuelle d’1 million de tonnes, ainsi que dans d’autres sites de production d’engrais de plus petite taille.

Cet investissement est toutefois minime comparé au projet de construction d’une usine d’engrais chimique en Ethiopie, pour un budget de 3,7 milliards de dollars, qui utilisera de la potasse et du gaz extraits sur place tout en utilisant de l’acide produit par l’OCP dans le processus.

 

 

How Morocco’s mining sector can capitalise on global fertiliser demand

En Français

Morocco is looking to capitalise on an expected increase in global fertiliser demand with plans to develop potash extraction in the country, which is expected to increase export opportunities and help build downstream capacity.

In mid-February UK-based miner Emmerson announced it had begun an environmental and social impact survey in its plans to develop extensive potash reserves in the Khemisset basin, located some 85 km east of the capital Rabat.

The study, to be managed by domestic environmental engineering firm Phénixa, is another step in generating the documents required to apply for a mining licence.

Emmerson became the sole stakeholder in the Khemisset project in October 2017 following the purchase of Morocco Salts, an offshore company registered in the Virgin Islands that previously held the rights to the potash development.

The site has an estimated annual output capacity of 800,000 tonnes of ore, with potential for expansion, according to Emmerson’s projections, sufficient to give the mine a 20-year operational life. Independent studies have forecast the projected output of the mine to generate $1.1bn.

See also: The Report – Morocco 2019

Global prices to support Moroccan potash expansion

While there has been a slump in potash demand and, consequently, prices in recent years, this downturn in the sector, coupled with global trends, could actually represent an advantage for Morocco’s extraction industry.

Potash, a base component of potassium, used extensively in fertiliser production, is mainly extracted in mines located in Russia and Canada.

However, given the drop in potash value, which fell from around $300 per tonne in mid-2016 to current levels of $215, and the relative costly nature of extraction, some producers have seen a tightening of their profit margin.

By contrast, Emmerson has touted its holdings as being easy to access and requiring low capital expenditure.

With a strong logistical base already in place due to Morocco having developed mineral export capacity at its ports, along with easy access to land transport services and the European market, the Khemisset project has a cost advantage over its rivals.

In early March Emmerson announced it could cut its initial planned capital expenditure by $7.5m by utilising the Port of Casablanca for its exports, rather than Mohammedia, as first proposed.

This advantage is further compounded by the nature of the deposits, which are close to the surface and easy to exploit, giving the operation a potential lead over rival producers.

Initial studies into the project estimate that the capital expenditure required to develop the mine will be less than half the average global cost, and just one-third of that for similar projects in Canada.

Furthermore, with the world’s population forecast to increase to 9.5bn in the next 30 years, the UN has predicted that food production will need to rise by 70% over that period, which is expected to see demand for fertiliser increase significantly over the coming decades.

Increased production to provide boost for domestic downstream production

While Emmerson has stressed the export potential of its development, the Khemisset project may also find strong demand in the local market.

Currently, state-owned miner and fertiliser producer OCP Group meets its potassium requirements from overseas, with Morocco the world’s fifth-leading importer of the mineral.

However, if OCP is able to source its potassium domestically, its input costs could be reduced.

With OCP’s fertiliser production facilities located at Jorf Lasfar and Safi on the country’s west coast, near road and rail links, the logistics component of a potential potash supply chain is already in place.

By sourcing its potassium from domestic sources like the Kemisset project, OCP, which is known mostly for mining and exporting phosphate, would be continuing its pattern of diversification by partnering with foreign players to create value-added components.

On January 24 OCP announced a deal with Spanish plant nutrition product manufacturer Fertinagro Biotech to establish a joint facility at Jorf Lasfar – where the Moroccan firm already has a production hub – to manufacture enhanced fertilisers.

The plant, scheduled to begin production in 2020, will have an initial annual capacity of 250,000 tonnes of nitrogen, phosphorus and potassium (NPK)-based fertilisers, with potential for output to be increased to 1m tonnes.

To support the expansion into the NPK market, OCP announced in March that it would invest Dh2.7bn (€20m) into another plant to produce sulphuric acid, to be used in the production of granulated fertilisers.

OCP to expand foreign operations

It is not just in its home base that OCP is expanding its production capacity. Newly announced investments in the African market will also strengthen OCP’s position in the region, where it already accounts for 69% of phosphate product imports.

Under plans outlined in early March, OCP is to invest $1.5bn in an ammonia plant in Nigeria with an annual output of 1m tonnes, along with smaller fertiliser production facilities.

However, this investment will be dwarfed by a planned $3.7bn chemical fertiliser plant planned for Ethiopia, which will utilise locally sourced potash and gas, while also using acid produced by OCP for the process.

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