Développer le secteur ivoirien de la transformation de la noix de cajou

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En Côte d’Ivoire, la production de la noix de cajou a connu une croissance régulière au cours de la dernière décennie, faisant de la république ouest-africaine le deuxième exportateur mondial de cette noix. Le secteur reste toutefois en proie à des défis, mais recèle également des opportunités : il doit notamment poursuivre ses efforts en matière de lutte contre la contrebande, augmenter les niveaux de qualité et accroitre la transformation locale.

Selon l’Autorité de Régulation du Coton et de l’Anacarde (ARECA), la récolte de noix de cajou atteindrait le niveau record de 480 000 tonnes en 2013, soit une hausse de 50 000 tonnes par rapport à 2012. En octobre dernier, RONGEAD, ONG française spécialisée dans le commerce, prévoyait une hausse de la production jusqu’en 2020, qui devrait finir par tourner autour des 500 000 à 550 000 tonnes grâce aux investissements effectués dans de nouvelles plantations entre 1995 et 2002.

La majeure partie de la récolte est exportée vers l’Inde, le Vietnam et le Brésil mais, aux dires du Ministère de l’Agriculture, au moins 100 000 tonnes seraient chaque année exportées frauduleusement, la plupart vers le Ghana, où les fermiers vont chercher de meilleurs prix. Selon un récent rapport de l’ONU, ces ventes illégales représenteraient une perte de près de 100 millions d’euros pour l’économie ivoirienne.

En Côte d’Ivoire, les prix d’achat bord-champ sont bien souvent nettement inférieurs au prix plancher officiel, fixé à 200 francs CFA (0,30 euro) le kilo pour la saison 2013. En avril, Vassiriki Konaté, président de l’association nationale des producteurs d’anacarde, a expliqué à Bloomberg que les cultivateurs touchaient entre 100 et 175 francs CFA (0,15-0,27 euro).

Cependant, l’État vient d’introduire une mesure qui, dans la lignée des réformes de la filière cacao, garantira aux cultivateurs un prix minimum équivalant à 60% du prix CAF, fixé avant le début de la saison.

De même, les efforts se poursuivent en ce qui concerne l’amélioration de la qualité, ce qui pourrait entrainer une hausse des prix et une augmentation de la demande. A l’instar de nombreux marchés ouest-africains, la distribution et le stockage de produits agricoles constitue un défi. Les fermiers ivoiriens ont peu de raisons d’accroitre la qualité, ce qui fait que les noix de cajou ne sont pas suffisamment séchées avant d’être stockées et transportées. Des mesures visant à récompenser la qualité à la sortie des exploitations pourraient mettre un terme à ce problème, tout comme des contrôles de qualité et des programmes d’assistance technique.

Le Ministre de l’Agriculture, Sangafowa Coulibaly, a déclaré qu’une restructuration totale du secteur allait débuter en 2014, en partie pour régler les problèmes dus à un développement « anarchique ». « Nous produisons 500 000 tonnes de noix de cajou mais à partir de variétés non améliorées qui n’ont pas été spécialement sélectionnées pour [l’exportation de la récolte]. De plus, aucune méthode n’a été enseignée et les producteurs ne sont pas structurés, il y a donc beaucoup à faire. »

Développer les capacités de transformation locale pourrait également s’avérer utile, permettant au secteur un accès direct aux consommateurs en Europe et aux États-Unis et réduisant l’exposition aux fluctuations de la demande et de la monnaie au Brésil et en Inde.

La capacité de transformation de la Côte d’Ivoire représente environ 10% de sa récolte annuelle, mais dans les faits les volumes transformés correspondent à environ 5% de la production, selon l’ARECA. L’objectif visé par l’État est d’augmenter de 50% les volumes transformés d’ici 2015, avec l’aide de l’Alliance Africaine pour le Cajou (ACA), d’une association de 24 membres du secteur privé, et du Bureau Afrique de l’Ouest de l’Agence des États-Unis pour le Développement International.

On recense déjà des progrès considérables. La Côte d’Ivoire se place au quatrième rang mondial en matière de transformation de la noix de cajou, même si elle reste loin derrière les trois premiers de la liste, à savoir le Brésil, l’Inde et le Vietnam. La compagnie singapourienne Olam International a ouvert l’une des plus grandes unités de transformation de noix de cajou au monde à Bouaké en février 2012, d’une capacité de 30 000 tonnes par an. Olam détient aussi une usine d’une capacité de 10 000 tonnes à Dimbokro et prévoit d’en ouvrir deux autres.

On ne pourra toutefois pas encourager les investissements dans la transformation sans une baisse des coûts. Le Ministre du Commerce, Jean-Louis Billon, a noté dans une interview accordée aux médias locaux que « contrairement à ce que croient les gens, les coûts de fabrication sont plus élevés en Côte d’Ivoire qu’à l’étranger. Vouloir transformer plus de ressources naturelles est une chose, en être capable c’est différent. En ce moment, nous ne disposons pas de cette compétitivité. » L’État pourrait donc bien décider de suivre l’exemple du Nigéria et accorder des crédits d’impôts pour les exportations de noix de cajou transformées ou procéder à d’autres ajustements du code des investissements afin de compenser les coûts de démarrage élevés. Actuellement, la taxe à l’exportation de la noix de cajou est de 10 francs CFA (0,02 euro) le kilo.

Néanmoins, vu l’intérêt que portent l’État et les parties prenantes privées à la question, tout porte à croire que les opportunités d’investissement dans la transformation de la noix de cajou en Côte d’Ivoire restent solides. Si les économies mondiales entament une reprise en 2013, la hausse de la demande améliorerait grandement les perspectives de l’investissement dans le secteur ivoirien de la noix de cajou.

 

Expansion eyed in Côte d’Ivoire’s cashew sector

En Français

Cashew production in Côte d’Ivoire has grown steadily over the past decade, making the West African republic the world’s second-largest exporter of the nut. Nonetheless, challenges as well as opportunities remain in the sector, including continuing efforts to contain smuggling, raise quality levels and boost domestic processing.

The Cotton and Cashew Regulatory Authority (Autorite de Regulation du Coton et de l'Anacarde, ARECA) estimates the cashew crop will reach 480,000 tonnes in 2013, a record and an increase of 50,000 tonnes over 2012. Last October, RONGEAD, a French-based trade NGO, predicted that output would continue to climb up to 2020, peaking at around 500,000 to 550,000 tonnes, thanks to investments in new plantings between 1995 and 2002.

Most of the crop is exported to India, Vietnam and Brazil, but the Ministry of Agriculture says at least 100,000 tonnes are smuggled out of the country each year, largely to Ghana, where farmers seek better prices. According to a recent UN report, these illegal sales represented a loss of nearly €100m to the economy.

Farm-gate prices in Côte d’Ivoire are regularly far below the official floor, which was set at CFA200 (€0.30) per kg for the 2013 season. In April, Vassiriki Konate, head of the national producers’ association, told Bloomberg that growers received CFA100-175 (€0.15-0.27).

However, the government has now introduced a policy similar to reforms in the cocoa sector, whereby the state will guarantee that farmers receive 60% of a benchmark export price, set prior to the beginning of the season.

Efforts continue to improve quality as well, which could lift prices and increase demand. As in many West African markets, distribution and storage for agricultural products is a challenge. Ivorian farmers have few incentives to boost quality, leaving the nuts insufficiently dried for storage and transport. Initiatives to reward good quality at the farm-gate may address this issue, as well as quality control measures and technical assistance programmes.

According to Sangafowa Coulibaly, the minister of agriculture, the entire sector will be restructured starting in 2014, in part to address problems that have resulted from its “haphazard” development. “We produce 500,000 tonnes, but from underperforming varieties that were not specifically chosen for [crop exports]. Additionally, no methods were taught, and producers are not structured, so there is a lot to be done.”

Another helpful step would be to expand domestic processing, which would allow the industry direct access to consumers in Europe and the US and reduce exposure to demand and currency fluctuations in Brazil and India.

Côte d'Ivoire has the capacity to process about 10% of its annual crop, but actual processing amounts to around 5% of output, according to ARECA. The government has a target to boost actual processing to 50% by 2015, aided by the African Cashew Alliance, an association of 24 private stakeholders and the US Agency for International Development West Africa.

Major strides have already been made. Côte d’Ivoire is fourth in the world in cashew processing, though it lags far behind the top three, Brazil, India and Vietnam. Singapore’s Olam International opened one of the world’s largest cashew processing plants in Bouaké in February 2012, with a capacity of 30,000 tonnes per year. Olam also owns a 10,000-tonne-capacity facility in Dimbokro and plans to open two more.

However, to encourage investment in processing, costs will need to come down. The minister of commerce, Jean Louis Billon, noted in an interview with local media, “Contrary to what people believe, manufacturing in Côte d'Ivoire costs more than manufacturing abroad. Wanting to process more natural resources is one thing, but being able to do so is another. At the moment, we do not have this competitiveness.” As such, the government may decide to follow Nigeria’s lead by providing tax credits for processed cashew exports or make other adjustments to the investment code to off-set high start-up costs. The current exit fee for exported cashews is CFA10 (€0.02) per kg.

Nonetheless, in light of the focus on the issue by the government and private stakeholders, investment opportunities in Ivorian cashew processing are likely to remain robust. If global economies begin to recover in 2013, higher demand will also greatly improve the investment outlook in the Ivorian cashew industry.

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