Algérie: Une production alimentaire locale pour réduire les coûts – et peut être les subventions

In English

Porté par les revenus considérables de ses exportations d’hydrocarbure, le gouvernement algérien a lancé une série d’initiatives ayant pour but de moderniser le secteur agricole et de dynamiser la production alimentaire. Bien que des stratégies similaires soient implémentées pour générer de l’activité dans différents domaines économiques, les autorités s’intéresseront surtout à l’agriculture, compte tenu de la dépendance historique du pays à l’égard des importations, et de sa volonté constante de parvenir à l’autosuffisance.

La sécurité alimentaire est une question sensible en Algérie, comme cela a été le cas dans l’ensemble de l’Afrique du Nord ces dernières années. Une importante frange de la population de la région étant sensible aux fluctuations de prix, les gouvernements ont fait beaucoup d’efforts pour réduire l’impact de l’instabilité des coûts des produits de base. En réponse aux émeutes de Janvier 2011, qui ont été en partie causées par la hausse du prix du sucre et de l’huile, le gouvernement algérien a réduit les taxes et les droits à l’importation sur ces deux produits. L'Etat a également continué à subventionner fortement le prix des denrées alimentaire essentielles comme la farine et le lait, en plus de l'huile et du sucre.

Le coût de ces subventions peut être assez conséquent. On l’estime à 1,1% du PIB en 2013. De plus, l’Algérie étant très dépendante des importations de denrées alimentaires, elle est vulnérable aux variations des cours mondiaux. Près de 70% du blé consommé est acheté à l’étranger ; les importations de céréales, provenant pour la majorité de France, du Canada, de l’Allemagne et des Etats Unis, devraient atteindre 5.8 millions de tonnes pour 2012/2013.

C’est dans ce contexte que le gouvernement poursuit sa Politique du Renouveau Agricole et Rural, politique qui met l’accent sur l’amélioration de la gestion dans le secteur agricole, le développement de réglementations plus efficaces ainsi que la promotion de l’utilisation de technologies et pratiques plus modernes.

Jusqu’à présent, beaucoup de ces efforts se sont concentrés sur le fait de réformer l’accès au foncier, à la fois en regroupant les terres agricoles et en améliorant l’accès aux terrains appartenant à l’Etat. Entre 2000 et 2010, on a observé une hausse the 11% de l’utilisation de terres jusqu’alors non cultivables, et, depuis la mise en place de L’Office National des Terres Agricoles en 2010, plus de 195 000 dossiers pour l’accès aux terres qui relèvent du domaine public ont été déposés. En plus de la réforme agraire, les nouveaux programmes pour encourager les partenariats public-privés, apporter de meilleures formations aux agriculteurs et mettre en place des technologies modernes sont autant d’éléments prometteurs pour la croissance de la production agricole.

Cette stratégie semble porter ses fruits, la valeur de la production agricole ayant augmenté de 23,7% en 2011 puis encore de 32% en 2012. Même s’il reste des opportunités d’investissement dans la production, l’attention se tourne à présent vers le développement de structures de soutien et des industries en aval.

Bien que l’Algérie soit le plus grand pays d’Afrique, seulement 8.2 millions d’hectares sur ses 2 381 740 de kilomètres carrés est cultivable, ce qui équivaut a 19,5% des terres agricoles, soit environ 3,4% de sa superficie totale d’après la Banque mondiale. En outre, seulement 1,1 million d’hectares des terres agricoles sont irriguées, un chiffre que l’Etat souhaiterait voir augmenter pour atteindre 1,6 million d’hectares d’ici à 2014. L’Etat a également engagé plus de 150 milliards de dinars (1.45 milliards d’euros) pour améliorer les systèmes d’irrigation existants.

En raison de la taille de l’Algérie et de l’attention portée par le gouvernement aux régions sous-développées, l’infrastructure des transports sera également une donnée importante pour gérer la croissance agricole. Il faudra notamment s’assurer que les liaisons ferroviaires et routières sont en place, et créer des stations de transfert et des infrastructures de stockage tel que des silos à grain. En janvier 2013, l’Office Algérien Interprofessionnel des Céréales a annoncé des projets de construction de neuf nouveaux silos pour un coût de près de 19 milliards de dinars (184 millions d’euros).

En outre, le gouvernement travaille à stimuler la production de viande et de lait, ce qui nécessitera plus d’installations de réfrigération, d’usines de transformation de lait et d’abattoirs. L’industrie laitière en est encore à ses débuts, l’Algérie étant à ce jour largement dépendante de l’importation pour ce qui est du lait en poudre, ceci malgré l’augmentation de la production nationale de lait ces dernières années, celle-ci étant passée de 390 millions de litres en 2010 à 688 millions de litres en 2012. Mettre en place de meilleures infrastructures pourrait aider à faire baisser les coûts de transport, réduire les pertes et rendre les produits agricoles algériens plus compétitifs, tant sur le marché national que sur les marchés internationaux.

L’Etat œuvrant pour accroître la production alimentaire, faire baisser le chômage et diversifier une économie aujourd’hui axée sur les hydrocarbures, tous les segments du secteur agricole devraient faire l’objet d’une attention constante de la part du gouvernement. En effet, compte-tenu du caractère sensible du prix des denrées alimentaires, le secteur devrait continuer de recevoir des aides.

 

Algeria: Home-grown food to cut costs – and maybe subsidies

En Français

Buoyed by considerable revenues from its hydrocarbons exports, the Algerian government is embarking on a series of initiatives aimed at modernising the agricultural sector and boosting food production. Although similar strategies are being implemented to generate activity in a number of different areas of the economy, authorities will likely pay special attention to agriculture given an historic reliance on imports and the traditional emphasis on self-sufficiency.

Food security is a sensitive issue in Algeria, as it has been throughout North Africa in recent years. With large swathes of the region’s populations sensitive to price fluctuations, governments have gone to great lengths to reduce the impact of commodity volatility. In response to January 2011 riots that were in part caused by a rise in the price of sugar and cooking oil, Algeria’s government reduced taxes and import duties on the two goods. The state has also continued to heavily subsidise the price of key foodstuffs, including flour and milk, in addition to oil and sugar.

The cost of these subsidies can be substantial, in 2013 estimated to reach 1.1% of GDP. Moreover, because Algeria is heavily dependent on food imports, it is vulnerable to shifts in global prices. Nearly 70% of the wheat consumed is purchased abroad, with imports of the cereal projected to hit 5.8m tonnes in 2012/13, largely coming from France, Canada, Germany and the US.

It is this context that the government is pursuing its Agricultural and Rural Renewal Policy (La Politique du Renouveau Agricole et Rural), which focuses on improving management in the agriculture sector, developing more effective regulations and promoting the use of more modern technology and practices.

So far, many of these efforts have been focused on reforming land access, both by consolidating farmland and by improving access to state-owned territory. Between 2000 and 2010, there was an 11% increase in the usage of previously non-exploited arable land and, since the establishment of the National Office for Agricultural Land in 2010, more than 195,000 applications for access to state land have been received. In addition to land reform, new programmes to encourage public-private partnerships, provide better training to farmers and implement modern technology are all promising to boost agricultural production.

The strategy seems to be paying off, with the value of agricultural output growing 23.7% in 2011 and a further 32% in 2012. While there remain opportunities for investment in production, attention is now turning to the development of supporting infrastructure and downstream industries.

Although it is the largest country in Africa, only about 8.2m ha of its 2,381,740 sq km is arable, equivalent to 19.5% of agricultural land or 3.4% of total land area, according to the World Bank. Moreover, just 1.1m ha of farmland is irrigated, a figure that the government would like to see grow to 1.6m ha by 2014. The state has also committed more than AD150bn (€1.45bn) to improving existing irrigation systems.

Due to Algeria’s size and the government’s focus on underdeveloped areas, transportation infrastructure will also be key to managing agricultural growth. This will include ensuring that rail and road links are in place and creating transfer stations and storage infrastructure such as grain silos. In January 2013, the Algerian Inter-professional Office of Cereals announced plans to construct nine new silos at a cost of nearly AD19bn (€184m).

Furthermore, the government is working to boost dairy and meat production, which will require more refrigerated facilities, milk processing plants and slaughterhouses. The dairy industry is in its nascent stages, with Algeria still largely reliant on imported milk powder, although domestic milk production has increased in recent years, rising from 390m litres in 2010 to 688m litres in 2012. Developing better infrastructure could help bring down transport costs, reduce spoilage and make Algerian agricultural products more competitive both in the domestic and international markets.

As the state strives to boost food production, reduce unemployment and diversify the economy away from hydrocarbons, all segments of the agriculture sector should expect ongoing government attention. Indeed, considering the politically sensitive nature food prices, the sector will likely continue to receive support.

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