Algérie : Stratégie renforcée de lutte contre le cancer

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Dans le cadre d’un vaste plan d’investissement visant à augmenter l’offre de services de santé, l’Etat algérien a fortement revu ses dépenses à la hausse dans le domaine de la prévention et du traitement du cancer avec, en perspective, la création d’un grand nombre de nouveaux hôpitaux spécialisés et de centres anti-cancer.

Le Ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme Hospitalière (MSPRH) a prévu un budget de 21 milliards de dinars (211,9 millions d’euros) pour la prise en charge du cancer en 2012 et s’est fixé comme priorité d’améliorer l’accès aux services pour les patients, en particulier dans les régions les plus reculées. Au Ministère, on espère faire passer le nombre de centres anti-cancer de 4 à 22 d’ici 2014 et ouvrir un centre de diagnostic dans chaque wilaya (province) et chaque daïra (arrondissement).

Les dépenses qui seront cette année consacrées à la lutte contre le cancer ne constituent qu’une partie d’un plan d’investissement plus vaste actuellement en cours dans le domaine de la santé. Le plan quinquennal d’investissement 2010-2014 qui englobe toutes les dépenses publiques prévoit le financement de 45 nouveaux complexes spécialisés de santé, dont 15 unités de cancérologie. Six centres ont ouvert leurs portes début 2011, notamment dans les villes d’Alger, de Constantine et de Sétif, et des études de faisabilité sont en cours de réalisation pour les centres restants.

Un centre régional anti-cancer est également en construction dans la ville de Batna, à l’est du pays. L’hôpital de jour du centre, qui pourra accueillir jusqu’à 90 patients par jour en consultation, devrait ouvrir cet hiver. L’ouverture du service de radiologie est prévue pour juillet ; viendront s’y ajouter, progressivement, des services supplémentaires. D’une capacité de 240 lits, cet hôpital comportera, à terme, des services de diagnostic, de radiothérapie et de chirurgie. En outre, le Ministre du MSPRH, Djamel Ould Abbes a indiqué à la presse algérienne que le Ministère comptait augmenter le nombre d’établissements disposant d’équipement de radiologie, faisant passer celui-ci de 13 à 70 d’ici 2014.

L’accent mis sur la réduction du nombre de cancers est partie intégrante de la politique actuelle du gouvernement, qui porte une attention accrue à l’accès aux services de santé et, de manière plus générale, à la question des soins de longue durée. Les dépenses médicales sont largement prises en charge par l’Etat, avec une participation estimée à 82%, un chiffre extrêmement élevé par rapport à celui de la Tunisie et du Maroc, où les dépenses de l’Etat représentent, selon les estimations, une part de 50%. Le secteur privé, bien que de plus petite taille, connait depuis son autorisation en 1988 une croissance soutenue et contribue aujourd’hui à hauteur de 16% aux dépenses globales de santé.

Le secteur public est certes la plus importante source de financement de la santé mais l’investissement accru de la part du secteur privé dans des infrastructures de soins spécialisées pourrait largement contribuer à rendre les traitements anticancéreux plus accessibles à la population.

Du fait en particulier d’une modification des modes de vie, d’un pouvoir d’achat en hausse et de l’urbanisation, l’Algérie est un pays en pleine transition épidémiologique : les décès dus à des maladies non transmissibles y dépassent désormais le taux de morbidité des maladies infectieuses. Un bon nombre d’entre elles sont désormais presque éradiquées; il reste au pays un seul défi de taille dans ce domaine, à savoir la tuberculose, dont on enregistre environ 20 000 nouveaux cas chaque année.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les maladies non transmissibles, parmi lesquelles le cancer, le diabète, les maladies respiratoires et les maladies neuropsychiatriques, sont responsables de 70% des décès et de 55% de la charge totale de la morbidité, contre 34% pour les maladies infectieuses et 12% pour les traumatismes. Les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité, avec environ 25 000 décès par an.

La deuxième cause de mortalité est le cancer avec, selon les chiffres du MSPRH, 43 000 cas début 2012. Chez les hommes, c’est le cancer du poumon qui est le plus fréquent et chez les femmes, celui du sein. Une étude de l’American Cancer Society montre que le taux de survie des patients atteints de cancer en Algérie, à cinq ans du premier diagnostic, était de 39% en 2008, ce qui, comparé au taux de 89% enregistré aux Etats-Unis et de 80% en Espagne, est bas.

En dépit de ces statistiques peu réjouissantes, l’Algérie n’en est pas à ses premières armes en matière de lutte contre le cancer : en 2003, le pays a été parmi les premiers d’Afrique du Nord à développer un programme national de lutte contre cette maladie et contre d’autres maladies non transmissibles. Le plan anti-cancer du pays accorde une place capitale à la prévention, à la promotion de modes de vie sains, à l’amélioration de la qualité des soins, à l’existence de ressources humaines et matérielles adéquates et à la coopération avec des organisations internationales telles que l’OMS et l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA).

L’une des priorités à court terme du MSPRH consiste en la création d’un registre national du cancer qui permettra de mieux comprendre comment les maladies non transmissibles sont réparties dans le pays. Une conférence sur les indicateurs des services de santé qui s’est tenue en février 2012 a mis l’accent sur la nécessité de développer un système national d’information, avec des recensements et des enquêtes, afin de mettre en place des politiques et des programmes de prévention plus efficaces et plus éclairés. En Algérie, la région de Sétif dispose déjà d’un registre du cancer opérationnel mais beaucoup reste à faire pour reproduire ce système à l’échelle nationale.

Ces nouveaux projets de dépenses constituent une étape importante vers l’augmentation de l’accès aux services de cancérologie. Cependant, les projets concernant les traitements et centres de diagnostic supplémentaires risquent d’être entravés à court terme par le manque de personnel qualifié. Les régions du sud souffrent particulièrement du manque de médecins et de spécialistes, ce qui pourrait ralentir la mise en place de nouveaux établissements médicaux. Un projet d’ouverture d’une Faculté de médecine dans l’une des régions du sud est actuellement à l’étude et plus de détails devraient être connus à ce sujet en milieu d’année. Si le pays réussit à surmonter cet obstacle, les programmes d’investissements algériens devraient porter leurs fruits et on devrait voir une nette amélioration de l’accès à des soins de cancérologie de qualité dans les années à venir.

 

Algeria: Stepping up cancer care

En Français

The government is boosting spending on cancer prevention and treatment as part of a wider investment plan to increase services in health care, with a number of new specialised hospitals and oncology centres on the way.

The Ministry of Health, Population and Hospital Reform (MoHPHR) has budgeted AD21bn (€211.9m) for cancer care in 2012 and will prioritise increasing patients’ access to services, particularly in more remote regions. Ministry authorities hope to increase the number of specialised cancer centres from four to 22 by 2014, as well as open a diagnostic centre in each wilaya (province) and daïra (county).

Spending on cancer this year will complement a broader investment in health care currently under way. Algeria’s overarching five-year public investment plan that runs until 2014 includes financing for the establishment of 45 new specialised health care centres, 15 of which will be devoted to oncology. Six centres, including facilities in Algiers, Constantine and Sétif, began operations in early 2011, and feasibility studies were launched for the remaining facilities.

A regional cancer centre is also being established in the eastern city of Batna. The centre’s day hospital, which should be able to accommodate 90 patients per day for consultations, is expected to open this winter. The radiology department should open in July, and additional services will come online gradually. The 240-bed facility will ultimately provide diagnostic services, radiotherapy and surgery. And Djamel Ould Abbes, the minister of MoHPHR, indicated in the local press that the ministry intends to boost the number of facilities with radiology equipment from 13 to 70 by 2014.

This focus on tackling incidences of cancer is part of the government’s increasing attention to the provision of health services and more broadly, the treatment of long-term care issues. The government dominates medical spending, with an estimated 82% share of expenditures, which is considerably higher than in Tunisia and Morocco, where the state accounts for an estimated 50%. The private sector, although smaller, has experienced sustained growth since its authorisation in 1988 and now contributes 16% to overall health expenditure.

While the public sector is the largest provider of health financing, increased private sector investment in specialised health care infrastructure could go a long way toward making cancer treatment more accessible to the population.

Due largely to changing lifestyle choices, increasing purchasing power and urbanisation, Algeria is a country in epidemiological transition, where non-communicable diseases have surpassed the morbidity rates of infectious diseases. The impact of infectious diseases has nearly been eradicated; the only significant challenge that remains in this regard is tuberculosis, of which approximately 20,000 new cases are registered annually.

Non-communicable diseases, including cancer, diabetes, respiratory disorders and neuropsychiatric disorders, represent 70% of mortalities and 55% of the overall burden of disease, compared to 34% for infectious diseases and 12% for trauma, according to the World Health Organisation (WHO). Cardiovascular disease is the primary cause of death, with an average of 25,000 mortalities per year.

Cancer is the second leading cause of death, with the MoHPHR reporting the number of cancer cases at 43,000 in early 2012. Lung cancer is the most common among men, and breast cancer among women. A report by the American Cancer Society showed that Algeria’s cancer survival rate, measured five years after the original diagnosis, was 39% in 2008, which is low when compared with the 89% in the US and 80% in Spain.

Despite these bleak statistics, Algeria is not new to the cancer fight: it became one of the first countries in Northern Africa to develop a national programme to fight the disease and other non-communicable diseases in 2003. The country’s cancer plan focuses on prevention, the promotion of healthy lifestyles, increasing the quality of care, ensuring adequate human and material resources, and cooperation with organisations such as the WHO and the International Atomic Energy Agency (IAEA).

A short-term priority for the MoHPHR is the creation of a national cancer register to better understand the footprint of non-communicable diseases nationwide. A February 2012 conference on health care indicators also emphasised the need to develop a national information system, including censuses and studies, to create more effective, better-informed policies and prevention programmes. Algeria’s Sétif region already has an effective cancer register in place, but much work remains to be done to replicate this system nationwide.

The new spending plans are an important step toward expanding access to oncology services, however, plans for additional treatment and diagnostic centres could be hampered in the short term by the lack of trained personnel. A shortage of doctors and specialists in southern regions especially could hold back plans for new facilities. A project to establish a medical school in one of the southern districts is currently under review, and more news is expected by the middle of 2012. If this obstacle can be overcome, Algeria’s investment programmes should significantly increase access to quality cancer care in the coming years.

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