Les dirigeants d’entreprises en Algérie ont-ils raison d’être optimistes?

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Suite à l’effondrement des prix du pétrole en 2014 et 2015, l’Algérie a adopté dès l’année suivante un nouveau modèle de croissance axé sur la diversification économique. Cette stratégie a pour but de concilier plusieurs impératifs : l’amélioration du solde des finances publiques, la réduction du déséquilibre de la balance des paiements, et le maintien d’un niveau élevé d’investissement dans l’économie via le développement du
secteur privé.

A ce titre, l’année 2018 a été celle de la poursuite de la politique de financement non-conventionnel par la Banque d’Algérie, de la relance de l’investissement public, et de la mise en place de nouvelles restrictions d’importations. La volatilité du prix du pétrole observée en 2018 a par ailleurs souligné la nécessité pour l’Algérie de mettre en oeuvre rapidement une stratégie intégrée de diversification en mesure de remplir à
long terme ce triple objectif.

Légère hausse de la croissance et de la confiance des chefs d’entreprise en 2018

Les estimations du Fonds monétaire international pour 2018 font état d’une croissance du PIB de 2,3%, contre 1,4% en 2017, portée par une croissance de 4% du PIB hors hydrocarbures, là aussi en progrès par rapport à 2017.

Dans ce contexte, près de 100 PDG ont été interrogés dans le cadre de notre dernier sondage auprès des hauts dirigeants d’entreprises en Algérie, le « OBG Business Barometer: Algeria CEO Survey ». Quelque 73% d’entre eux ont déclaré qu’ils avaient des attentes positives (61%) ou très positives (12%) concernant l’évolution des conditions du marché local au cours des 12 prochains mois, un chiffre en hausse par rapport au 61%
enregistré lors du sondage d’OBG de novembre 2017. Un pourcentage similaire, c’est-à-dire 71 %, envisage de réaliser un important investissement au cours de la prochaine année.

Etant donnée la forte dépendance de l’économie nationale aux hydrocarbures, le volume des investissements dans le secteur de l’énergie représente toujours un enjeu majeur. Sans surprise, 72% des dirigeants interrogés indiquent ainsi que l’évolution du prix du pétrole est le principal événement externe susceptible d’avoir une incidence sur l’économie algérienne à court et à moyen terme. A cet égard, la société nationale des hydrocarbures, Sonatrach, prévoit dans le cadre de sa stratégie de transformation « SH 2030 », d’investir plus de 55 milliards de dollars d’ici 2023 dans ses différentes activités, dont l’exploration-production, le raffinage, la pétrochimie, le développement international ou encore les énergies renouvelables.

La diversification doit accélérer

Au-delà du secteur des hydrocarbures, le ralentissement de la croissance sur la période 2014-2017 a relancé la question de l’amélioration du climat des affaires et l’essor de nouveaux secteurs à haute valeur ajoutée.

Ces dernières années, les chefs d’entreprise ont demandé une série de réformes visant à diversifier l’économie de manière efficace et rapide. Si certaines réformes ont été mises en place récemment – sur les droits de douane et les moyens de financement, par exemple – la communauté d’affaires considère qu’il est essentiel que davantage d’efforts soient conduits pour lancer des réformes structurelles susceptibles d’impulser une transformation réelle et viable de l’économie nationale.

Les résultats de notre étude en témoignent : malgré les efforts déployés à ce jour pour diversifier l’économie et attirer des investissements directs étrangers, 69% des chefs d’entreprise considèrent que l’impact de ces mesures sur la confiance des investisseurs est insuffisant (48%) ou très insuffisant (21%). De plus, l’environnement fiscal est largement perçu comme étant insuffisamment compétitif pour 64% des PDG, contre seulement 24% qui le considèrent comme compétitif ou très compétitif. De même, en ce qui concerne la transparence, les avis restent partagés mais tendent vers la négative, avec 34% des PDG déclarant que le degré de transparence était élevé, contre 46% émettant un avis contraire, un résultat similaire à l’année dernière.

Les jeunes sont une clé pour la diversification économique à moyen terme

Les jeunes représentent un segment important de la population en Algérie. Avec un taux de chômage de 28%, les jeunes Algériens sont maintenant confrontés au besoin de trouver de nouvelles voies et l’entrepreneuriat a commencé à devenir une tendance marquée dans le pays. Bien que différentes initiatives soient progressivement mises en place, le soutien financier reste toujours insuffisant. Interrogés sur la disponibilité des compétences locales, les chefs d’entreprise ont déclaré que le pays avait besoin de compétences en leadership (26%), en recherche et développement (21%, en hausse de 17 points par rapport à l’an dernier, ce qui témoigne de réelles stratégies d’innovation et de quête de compétitivité, notamment en vue de l’export) et en gestion d’entreprise (20%). Des programmes de soutien à l’entrepreneuriat renforceraient tous ces secteurs, et c’est peut-être l’un des prochains objectifs de l’Algérie en matière de diversification.